Par les temps qui courent

Mis à jour : 28 juil. 2019

Aujourd’hui, je prends le temps d’écrire un court blogue estival… sur le temps…

Alors j’imagine que si vous avez le temps de lire cet article (environ quatre à cinq minutes), vous êtes peut-être, soit en vacances, soit en congé pour maladie, soit à la retraite… Ou bien tout simplement, vous avez décidé de prendre quelques minutes pour vous. Excellente idée en passant. Ça fait que je vais tenter de résumer mon idée assez rapidement!




Les chevaux et le temps

Ce n’est pas une nouvelle découverte, notre monde occidental est en flagrant syndrome de manque de temps, et donc, de patience, pour tout ce qui a besoin de temps pour s'épanouir et mûrir. Nos relations avec les autres êtres vivants sont souvent les premières choses à se faire couper l’herbe sous le pied; un baiser à la hâte sans trop se regarder le matin, une arrivee à l’écurie en état dissociatif ou presque, embarquement de la selle sur le dos du cheval sans trop s’informer de son humeur, et enfilade de quelques sauts de mouton au manège… Au bureau, on tente sans succès de baisser les piles de dossiers en escamotant de plus en plus les pauses et les heures de dîner… Pour mieux performer, pour aller plus vite, pour finir notre To do list qui, bizarrement s’allonge aussitôt qu’on biffe les tâches qui viennent d’être réalisées.


Dans le « bon vieux temps »

Tout le monde s’accorde pour dire que, dans le temps de nos ancêtres, ça "opérait" à un autre rythme. Tout était plus lent… Déjà le fait de devoir sortir dans le jardin arrière pour aller au petit coin (toilette)… Fallait y penser d’avance comme on dit. Ça devait quand même presser par bout… Pas évident surtout en janvier à -30… Bon, je m’éloigne du sujet… Aller au village en voiture à cheval se faisait de façon moins rapide qu’en voiture à chevaux vapeur, évidemment. On avait le loisir de regarder le paysage ou entre autres. Pas d’internet, de télé, encore moins de cellulaires! Lorsque l’hiver arrivait, on ralentissait la cadence encore plus, épousant le rythme de Dame Nature. Oui les familles étaient nombreuses, et les gens travaillaient très fort. Mais le temps, Lui, savait prendre son temps.


Les chevaux eux, contrairement à nous, ont toujours conservé le même rythme qu’il y a des milliers d’années. Ou tenté de conserver... Chez eux, c'est instinctif. Chez nous, mais on l'a oublié, refoulé au fond notre cerveau droit. Pourtant, et malgré eux, les chevaux doivent s'adapter à vivre au rythme effréné qui est le nôtre, ce qui peut engendrer stress chronique et problèmes de comportement chez certains ainsi que des maux physiques divers. Suralimentés de moulée, gardés au boxe plusieurs heures par jour (« je n’ai pas le temps d’aller le chercher dans le champs »), les chevaux, devenus biens de consommation, font les frais de nos vies de fous. Nous devons nous efforcer de leur donner au moins un cadre de vie répondant le plus possible aux conditions demandées par leur espèce, à savoir; foin à volonté et/ou pâturage, possibilité de se déplacer pendant plusieurs heures par jour, congénères stables et bien assortis, abris suffisant contre soleil, mouches et intempéries, et la cerise sur le gâteau : des êtres humains conscients et compatissants qui s’en occupent adéquatement (pas facile celle-là).



L’arrivée du poulain tant attendu!

Heureusement, aux dernières nouvelles, cela prend encore plus ou moins 11 mois 11 jours de gestation pour voir la binette de ce petit équidé… Si ça ne dépendait que de nous, les gestations seraient écourtées aussi! J’exagère à peine! Une chance, c’est encore la Nature qui a le dernier mot là-dessus… pour le moment!


Ce syndrome chronique de manque de temps se répercute malheureusement sur toutes nos relations, dont celles que nous avons - ou pas - avec nos chevaux. Que ce soit pour le poulain, à qui on veut inculquer très tôt les « bonnes manières », au jeune cheval de 18 mois que l’on veut débourrer "avant qu'il soit trop fort", ou à celui que l’on veut voir performer en show avant qu'il soit prêt, on veut que « ça opère »!


Ça débute bien souvent à la naissance, avec de multiples interventions humaines, souvent dans le but de bien faire. Cependant, il a été prouvé que ces interventions sont toutefois inutiles et même dangereuses. L’imprégnation du poulain en est un exemple. L’imprégnation, qui est en fait une forme d’immersion (Flooding), a été inventée par le Dr Robert B. Miller. Elle consiste en une forme d’apprentissage précoce chez le nouveau-né qui, selon le Dr Miller, se doit d’être effectuée à une période sensible de la vie de celui-ci pour obtenir des résultats efficaces, soit la période juste après la venue au monde du nouveau-né[1]. Elle consiste à soumettre le foal à toutes sortes de manipulations visant à le désensibiliser. Toutefois, ce mode d’apprentissage n’est pas approprié pour l’espèce équine. En effet, Diehl et al. (2002); Sigurjonsdottir et Gunnarson (2002), cités par McGreevy et McLean, (2010) s’entendent pour dire que l’imprégnation chez le foal n’a aucune correspondance naturelle et de plus, introduit de hauts niveaux de stress chez ce dernier, ce qui est considéré comme non éthique[2]. Henry et al. (2005), cité par McGreevy et McLean, (2010) préconisent plutôt une approche favorisant une manipulation douce de la mère par le brossage de celle-ci et la présentation de nourriture en main. Le poulain est laissé libre de s’approcher ou non de l’humain. Cette dernière approche est reconnue comme ayant une influence positive chez le jeune animal 2. Pour ce qui est de la manipulation en longe (handling) du poulain, celle-ci semble plus efficace si elle est pratiquée seulement à partir du sevrage du poulain, en particulier si cette manipulation est répétée de façon régulière sur le long terme. En effet, selon Heird et al. (1986) cité par Hausberger (2008), les poulains manipulés du sevrage jusqu’à l’âge de 18 mois connaissent de plus hauts scores en termes de facilités d’entraînement que les autres poulains 1. Donc, relaxez et soyez zen, et laissez à votre petit bout de cheval le temps de découvrir le monde en compagnie de sa mère, et ensuite des autres chevaux du groupe. Vous n’avez pas à vous dépêcher de tout lui montrer à 3 heures de vie!


Voilà c’est tout pour aujourd’hui. Je vais m’en tenir au jeune poulain pour cet article… Dans le prochain blogue, nous aborderons l’étape du sevrage et après celui-ci…

Bel été à tous et toutes! Et prenez le temps de relaxer en compagnie de vos chevaux.


Marie



1. [1] Hausberger, M., Roche, H., Henry, S. and Kathalijne Visser, E. A review of the human-horse relationship. Applied Animal Behaviour Science. 109(2008) . 1-24.


2. [2] McGreevy, P. et McLean, A. 2010. Equitation Science. Oxford, United Kingdom: John Wiley & Sons, Ltd.


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LA FERME LOMBRETTE

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Marie Josée Marcoux

Professionnel équin et en éducation Mieux-être facilité par le cheval. 

Dany Cinq-Mars, .agr. Ph.D

Professeur Sciences animales

Tél : 418 823-2065

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