Facilitation équine : fabricante d'ailes à temps plein
- Marie Josée Marcoux

- 23 mars
- 3 min de lecture

Les jours où tu reçois des personnes en facilitation équine avec tes chevaux, tu prépares tout soigneusement. L'espace sacré, l'intention posée, la présence, la petite douceur pour la pause... Tu arrives à l'écurie avant les autres. Tu t'ajustes à l'environnement. Tu observes tes chevaux. Tu regardes s'il va tomber des cordes ou faire un soleil de plomb... Tu penses à ta dernière séance avec cette personne...
Et quand ça commence, quand tout le monde se retrouve au champ avec les maîtres équins des lieux et qu'une personne réalise une prise de conscience, toi, tu n'es déjà plus au centre de l'intervention. Tu as laissé ta place à Princesse, Apache, Batman, Jack... Et c'est exactement là où tu dois être. Disponible. Fluide. Humble. Belle dans ton rôle.
Facilitatrice. Coach. Accompagnatrice. Le titre change selon les formations et les approches. Mais la réalité, elle, reste souvent la même : tu sers de tremplin. Tu confectionnes des ailes, comme une fée... Et tu aides les autres à s'envoler.
C'est tellement beau. Et parfois, c'est difficile à habiter.
Ce que personne ne voit
Le bon travail d'une bonne facilitatrice, n'est pas tant reconnu parce qu'il est, par nature, discret. Mais lorsque tu fais bien ton rôle, tu deviens la gardienne du processus sécuritaire entre la personne et le cheval. La personne facilitée peut constater ce qui s'est ouvert. Elle peut sentir une transformation. Toutefois, il arrive parfois que ça prenne quelques heures, ou quelques jours, ou même quelques semaines avant de monter. Avant que cette prise de conscience voit le jour dans l'esprit de la participante.
Toi, tu es là, dans l'ombre du cheval et de la personne. Tu veilles, telle une mère veilleuse. Tu chéris ce moment spécial entre l'humain et l'animal et tu bénis la beauté de l'instant.
Cette mission n'est pas faite pour les petites natures...
Soyons honnêtes : ce travail qui nous fout la chair de poule est exigeant. Vraiment exigeant. Physiquement et émotivement. Un peu à l'image du monde des chevaux et ce n'est pas un hasard si les deux se croisent souvent. Il ne tolère pas le manque de présence, la demi-mesure, ou l'égo qui s'emballe. Il demande de te lever tôt, de porter l'invisible et les balles de foin et de savoir tenir bon quand rien ne semble se passer. De rester là, stable, même quand les chevaux sont agités, inquiets, anxieux, absents (ça arrive !), réfugiés en paquet sous l'abri, soudainement capable de contenir toute la gang...
Facilitatrice équine, ce n'est pas un rôle pour tout le monde. Certaines personnes ont besoin d'être vues et mises en lumière pour avancer. Les facilitatrices, elles, ont appris à puiser ailleurs les petits moments de bonheur qui les nourrissent et les poussent à continuer. Tu pognes ton deux minutes quand tu vois une participante dépasser ce qu'elle croyait être ses limites et parfois, te dépasser toi aussi. Quand quelqu'un repart plus ancré qu'il n'est arrivé, les pieds dans la terre, quelque chose de plus vivant dans les yeux.
Ce rôle dans l'ombre est rare. Et de ce fait, précieux.
Il se pose naturellement sur le modèle du Wu-Wei, cet art taoïste d'agir sans forcer, d'être présente sans imposer. Et du Yin, cette énergie douce, réceptive, qui accueille plutôt qu'elle ne pousse et basé sur le modèle du cheval qui, par nature, est un être Yin. Sensible, ancré, vrai. Il ne ment pas. Il ne performe pas. Il répond à ce qui est là.
La facilitatrice incarnée n'impose pas sa présence, elle l'offre. Elle ne dirige pas le processus, elle le laisse couler. Elle devient, à son tour, Yin. Et c'est dans cet espace là, calme et sécuritaire, que la magie peut opérer.

Dans leurs traces...
Pour ma part, ce rôle, je l'ai reçu de mes mentors; Hélène Bernier et Sylvain Poirier. Ils ont consacré une partie de leurs vies pour mettre au monde quelque chose qui n'existait pas encore au Québec : le Mieux-être facilité par le cheval. Ils ont défriché, porté, transmis dans un monde équestre jadis fermé aux nouvelles approches jugées ésotériques. Ils ont formé plusieurs facilitateurs et facilitatrices. Ils se sont effacés, eux aussi, pour que quelque chose de plus grand qu'eux puisse prendre racine. Et je crois que c'est réussi.
C'est dans leurs traces que je marche aujourd'hui et que j'essaye de perpétuer ces riches apprentissages reçus. Et ce qu'ils m'ont légué de plus beau, ce n'est pas une méthode, ce n'est pas un titre, c'est une manière d'être et de vivre pleinement consciente et libre.

Merci de m'avoir lu et maintenant, mettez vos chapeaux, vos bottes et allez au champ pour faciliter ! 🤠🌿
Marie Josée




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